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[EN] : Qui est Sabri Lamouchi ?

Après l’élimination précoce de la Tunisie à la CAN 2025, la Fédération Tunisienne de Football a nommé Sabri Lamouchi comme nouveau sélectionneur national jusqu’en 2028. Retour sur le parcours, le style de jeu et les caractéristiques de ce technicien franco-tunisien qui hérite d’un défi de taille : préparer les Aigles de Carthage pour la Coupe du Monde 2026.

Un parcours de joueur prestigieux

Né le 9 novembre 1971 à Lyon dans le quartier de La Duchère, Sabri Lamouchi incarne la réussite par le travail et l’intelligence de jeu. D’origine tunisienne, il a gravi tous les échelons du football français avant de s’imposer au plus haut niveau européen.

Formé dans les clubs lyonnais (La Duchère, CASCOL Oullins), Lamouchi débute sa carrière professionnelle en 1991 à Alès en Division 2. C’est un but spectaculaire en Coupe de France contre son ancien club qui attire l’attention du légendaire Guy Roux. Ce dernier le fait signer à l’AJ Auxerre en 1994, où le milieu relayeur va connaître ses plus belles heures en club.

Un palmarès éloquent

  • Champion de France 1996 avec l’AJ Auxerre (doublé Coupe-Championnat)
  • Champion de France 2000 avec l’AS Monaco
  • 12 sélections en équipe de France (1996-2001) avec 1 but
  • Expérience internationale en Italie : AC Parme, Inter Milan, Genoa
  • Finaliste de la Coupe de France 2006 avec l’Olympique de Marseille

Son passage en Serie A lui a permis d’acquérir une solide culture tactique dans l’un des championnats les plus exigeants d’Europe. Doté d’une excellente vision du jeu, d’une technique sûre et d’un jeu de passe précis, Lamouchi était reconnu pour son intelligence tactique et sa polyvalence au milieu de terrain.

Ironie du destin : bien qu’ayant été convoqué en sélection tunisienne en 1994, Lamouchi n’a jamais porté le maillot des Aigles de Carthage. Le sélectionneur Youssef Zouaoui l’avait ignoré pour privilégier d’autres joueurs face au Pays-Bas. Plus tard, en 2004, Hammouda Ben Ammar avait tenté de l’intégrer à l’équipe tunisienne, mais un changement du règlement de la FIFA a définitivement fermé cette porte, le contraignant à rester international français.

La reconversion en entraîneur : un parcours en dents de scie

Après avoir obtenu son diplôme d’entraîneur (BEES 2e degré) en 2009, Lamouchi a progressivement évolué vers la Licence Pro UEFA, le plus haut diplôme d’entraîneur européen. Sa carrière sur les bancs est marquée par des expériences variées sur trois continents.

Côte d’Ivoire (2012-2014) : l’apprentissage au plus haut niveau

Nommé sélectionneur des Éléphants en mai 2012, Lamouchi hérite d’une mission de taille : qualifier la Côte d’Ivoire pour la Coupe du Monde 2014. Il doit gérer un vestiaire de stars comprenant Didier Drogba, les frères Yaya et Kolo Touré, et de nombreux joueurs évoluant dans les plus grands clubs européens.

Bilan mitigé :

  • CAN 2013 : Élimination en quarts de finale par le Nigeria
  • Coupe du Monde 2014 : Qualification réussie, mais élimination dès le premier tour face à la Grèce (2-1)
  • Démission en juin 2014 après des critiques virulentes, notamment de Didier Drogba

Cette expérience lui a néanmoins permis d’apprendre à gérer la pression permanente du résultat et un vestiaire de joueurs internationaux de haut niveau.

Qatar (2015-2017) : la reconstruction à El Jaish SC

Après son départ de la sélection ivoirienne, Lamouchi rebondit au Qatar avec El Jaish SC, accompagné de ses fidèles adjoints Jean-Marc Kuentz et Olivier Pédémas.

Bilan positif :

  • 50 victoires en 92 matchs (54,35% de victoires)
  • Vainqueur de la Qatar Crown Prince Cup en 2016
  • Demi-finaliste de la Ligue des Champions asiatique

Stade Rennais (2017-2019) : la confirmation en Ligue 1

En novembre 2017, Lamouchi est nommé entraîneur du Stade Rennais en remplacement de Christian Gourcuff. Son arrivée marque un tournant dans l’approche tactique du club breton.

Alors que Gourcuff prônait un jeu de possession dogmatique, Lamouchi insuffle un football plus pragmatique et moins rigide. Il tire le meilleur de joueurs talentueux comme Wahbi Khazri, Benjamin Bourigeaud, Ismaïla Sarr et Benjamin André.

Succès :

  • 5e place en Ligue 1 saison 2017-2018
  • Qualification en Ligue Europa pour la première fois depuis 7 ans
  • Victoire dans le derby breton contre Nantes dès sa prise de fonction

Nottingham Forest (2019-2020) : l’échec cruel

Nommé manager de Nottingham Forest en Championship (D2 anglaise) en juin 2019, Lamouchi connaît sa plus grande désillusion d’entraîneur.

Les hauts :

  • Début de saison exceptionnel avec une équipe organisée et difficile à battre
  • 5e place et course aux play-offs pendant la majeure partie de la saison
  • 2e du championnat en janvier 2020, à seulement 2 points de la montée automatique
  • Victoire mémorable 2-0 contre Leeds United, futur champion

Les bas :

  • Effondrement après la pause Covid : seulement 2 victoires en 9 matchs
  • Élimination des play-offs lors de la dernière journée pour 1 but de goal-average face à Swansea (défaite 4-1 à domicile contre Stoke City)
  • Limogé en octobre 2020 après un début de saison catastrophique (0 victoire en 4 matchs de championnat)

Les critiques :

  • Football jugé trop défensif et manque de possession
  • Difficultés à marquer après avoir encaissé le premier but
  • Effectif court en qualité et options selon ses propres aveux

Moyen-Orient (2021-2025) : les expériences décevantes

Après Nottingham, Lamouchi enchaîne plusieurs expériences au Moyen-Orient sans réellement convaincre :

  • Al-Duhail SC (Qatar) : Passage sans grand éclat
  • Al-Riyadh SC (Arabie Saoudite, juillet 2024 – avril 2025) : Début prometteur (4e après 7 journées) mais dégradation des résultats. Limogé avec le club 11e
  • Al-Diraiyah FC (Arabie Saoudite, juin-décembre 2025) : 6 victoires, 3 nuls, 1 défaite en D2 saoudienne. 4e place jugée insuffisante

Bilan global comme entraîneur :

  • 309 matchs dirigés
  • 139 victoires (45%)
  • 67 nuls (22%)
  • 103 défaites (33%)
  • Moyenne de 1,57 point par match

Le style de jeu Lamouchi : pragmatisme et adaptation

Le football de Sabri Lamouchi se caractérise par plusieurs principes clairs :

Le pragmatisme avant tout : Contrairement aux entraîneurs dogmatiques attachés à un seul système, Lamouchi privilégie l’efficacité et l’adaptation. Il l’affirme lui-même : « Je veux que mes joueurs jouent avec personnalité, je veux qu’ils soient capables de passer d’un système à un autre, je veux qu’ils sentent le jeu. »

Organisation défensive rigoureuse : À Nottingham Forest, Lamouchi a mis en place un bloc bas très organisé qui a permis à son équipe d’afficher la 3e meilleure défense de Championship avec seulement 38 buts encaissés. Son équipe pressurise l’adversaire pour l’amener vers des zones prédéterminées, facilitant ainsi la récupération du ballon.

Flexibilité tactique : Son système de prédilection est le 4-2-3-1, mais il n’hésite pas à passer au 4-4-2 ou à d’autres dispositifs selon les circonstances. Cette adaptabilité est une de ses marques de fabrique.

Transitions rapides : Bien que défensif dans sa structure de base, Lamouchi mise sur des contre-attaques rapides et l’exploitation des ailes. Ses équipes projettent beaucoup de monde vers l’avant une fois le ballon récupéré, ce qui exige une grande condition physique.

Valorisation des joueurs : Lamouchi sait tirer le meilleur de ses effectifs. À Rennes, il a révélé le potentiel de Wahbi Khazri, Benjamin Bourigeaud et Ismaïla Sarr. À Nottingham, il a transformé Matty Cash en ailier offensif et ressuscité Ben Watson comme milieu récupérateur.

Points forts : les atouts de Lamouchi

Double culture footballistique : Franco-tunisien, Lamouchi combine la rigueur et l’organisation européenne avec une connaissance du football africain. Cette double culture est un atout majeur pour gérer une sélection africaine avec des ambitions internationales.

Expérience internationale : Ayant évolué comme joueur en France, Italie et Angleterre, et comme entraîneur en Europe, Afrique et Asie, Lamouchi possède une vision globale du football mondial. Il a affronté tous types d’adversaires et s’est adapté à différentes cultures footballistiques.

Capacité d’adaptation : Lamouchi n’est pas un entraîneur dogmatique. Sa flexibilité tactique et sa capacité à s’adapter aux joueurs dont il dispose sont reconnues. Il ne cherche pas à imposer un système rigide mais à trouver la meilleure solution pour son équipe.

Organisation défensive : Ses équipes sont généralement bien organisées défensivement et difficiles à manœuvrer. Un atout dans les compétitions internationales où la solidité défensive est souvent déterminante.

Points faibles : les zones d’ombre

Résultats mitigés en club : Hormis sa saison réussie à Rennes, Lamouchi n’a jamais réellement brillé sur la durée en club. Ses expériences à Nottingham et en Arabie Saoudite se sont soldées par des échecs ou des limogages.

Style de jeu critiqué : Son approche pragmatique et parfois défensive a été vivement critiquée, notamment à Nottingham Forest où les supporters reprochaient à son équipe de « ne pas jouer pour gagner » mais « pour ne pas perdre ». Le manque de possession et d’offensivité peut frustrer.

Difficultés en fin de parcours : Que ce soit en Côte d’Ivoire (élimination au Mondial 2014), à Nottingham (effondrement final) ou en Arabie Saoudite (dégradation des résultats), Lamouchi a montré des failles dans la gestion des fins de cycle et des moments cruciaux.

Gestion de la pression : La déroute finale à Nottingham Forest révèle une certaine vulnérabilité dans la gestion de la pression des moments décisifs. Son approche défensive lors du déplacement crucial à Barnsley (changement de système pour jouer le 0-0) avait été catastrophique.

Manque de proactivité offensive : Ses équipes ont tendance à laisser le ballon à l’adversaire et à privilégier le jeu sans ballon. Cette approche peut poser problème face à des équipes qui se regroupent et contre lesquelles il faut prendre l’initiative. C’est aussi un des points faible de la Tunisie que ne corrigerait pas Lamouchi.

Majed

Passionné de football depuis mon jeune age, je suivais mes deux équipes favorites, l'Espérance Sportive de Zarzis et le Club Africain que j'ai découvert à l'époque des Lotfi Mhaissi, Hédi Bayari, Kamel Chebli et Lassaad Abdelli. J'ai réellement rejoint Internet en 1994 en étant à l'ENSAM pour ensuite gérer le forum du CA en 1996 puis plusieurs sites personnels dédiés au CA et à l'ESZ. J'ai fondé Tunisie-Foot.com en 1998 au travers d'un site traitant du football tunisien qui aura son nom de domaine et son serveur dédié en 2000.

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