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UN JOUR, UNE CAN #4 : CONFIRMATION ET FRUSTRATION

Les années de transition (1998-2002), sur la route de 2004

Février 1998. Ouagadougou, Burkina Faso. Deux ans après la finale sud-africaine, la Tunisie retrouve la CAN avec des ambitions. Henryk Kasperczak est toujours aux commandes. Les héros de 1996 sont là : El Ouaer, Boukadida, Beya, Ghodhbane, Sellimi. L’objectif est clair : confirmer la finale de 1996, prouver que ce n’était pas un accident. La Tunisie est dans le Groupe A avec le Ghana, la RD Congo et le Togo.

09 février 1998. Premier match. Tunisie-Ghana à Ouagadougou. Le fantôme ghanéen refait surface dès l’entame du tournoi. Les Black Stars s’imposent 2-0. La malédiction continue. Depuis 1963, la Tunisie peine à battre le Ghana. Ce premier match raté met immédiatement la pression sur la suite du tournoi.

Mais la Tunisie se ressaisit. Victoire 2-1 contre la RD Congo grâce à des buts de Mehdi Ben Slimane et Zied Tlemçani. Puis victoire 3-1 contre le Togo avec des buts de Tlemçani, Ben Slimane et Gabsi. Malgré la défaite initiale face au Ghana, la Tunisie termine première du groupe et se qualifie pour les quarts de finale. Le collectif a répondu présent.

21 février 1998. Stade du 4-Août, Ouagadougou. Quart de finale contre le Burkina Faso, pays hôte. Le stade est rempli de 35 000 spectateurs acquis à la cause burkinabèe. L’atmosphère est électrique. Dès le coup d’envoi, les Étalons, portés par leur public, mettent une pression constante. La Tunisie résiste, joue ses chances, attaque et attend son moment.

Ali Boumnijel, Hassen Gabsi et Riadh Bouazizi

À la 89ème minute, Hassan Gabsi ouvre le score pour la Tunisie. 1-0. Plus qu’une minute à tenir. Le banc tunisien explose de joie. Sami Trabelsi, le capitaine aguerri, harangue ses coéquipiers : « On tient bon ! » Kasperczak sur le banc lève les bras. On y est presque. La qualification est à portée de main.

Mais le football a ses cruautés. À la 90+2, dans les derniers instants du temps additionnel, Kassoum Ouédraogo égalise pour le Burkina Faso. Le stade explose littéralement. Les joueurs burkinabès se jettent les uns sur les autres. Les Tunisiens sont sonnés, incrédules. Comment peut-on encaisser un but dans les toutes dernières secondes ? Le coup de sifflet final retentit presque immédiatement après. 1-1. Prolongation.

Les trente minutes supplémentaires n’apportent rien. Les deux équipes se neutralisent, épuisées par la chaleur, la tension, l’enjeu. Tirs au but. La loterie. Le calvaire.

La séance est interminable. Onze tireurs pour chaque équipe. Les deux équipes échangent coup pour coup. Le Burkina rate son 4e pénalty, Sirajeddine Chihi a l’occasion de marquer et presque garantir la qualification même s’il restait un tir mais à son tour rate le but. Après les cinq tirs, l’élimination directe. Le Burkina rate son premier tir de la série. Beya a la qualification à portée de pied mais rate malheureusement le sien. Gabsi, Ghodhbane et Hicheri assurent autant que les burkinabès et c’est finalement Sami Trabelsi qui rate le dixième et dernier tir.

Score final des tirs au but : 7-8. Le Burkina Faso se qualifie pour les demi-finales. Les joueurs burkinabès explosent de joie sur la pelouse. De l’autre côté, c’est la désolation. Trabelsi tombe à genoux. Beya est prostré. El Ouaer fixe le vide. Kasperczak marche lentement vers ses joueurs, leur tape l’épaule. Que dire après une telle cruauté ?

Dans les semaines qui suivent, ce match hantera les esprits. Comment perdre une qualification qu’on tenait à la 89ème minute ? Comment échouer aussi cruellement aux tirs au but après onze tireurs ? Cette élimination pèsera lourd dans les têtes. Car dans quelques mois, il y a la Coupe du Monde en France.

Juin 1998. La Tunisie retrouve le Mondial vingt ans après l’épopée de Rosario. Cette fois, l’équipe est là au complet. Chokri El Ouaer dans les buts, Mounir Boukadida en défense centrale, Adel Sellimi en attaque. Les cadres de 1996 sont présents. Les attentes sont immenses.

Mais le tournoi commence mal. Face à l’Angleterre, défaite 0-2. Shearer et Scholes punissent une équipe tunisienne trop timide. Le deuxième match contre la Colombie est crucial. Défaite 1-0 sur un but d’Hamilton Ricard. Après deux matchs, zéro point. L’élimination est presque actée. La pression devient insupportable et Henryk Kasperczak est limogé. En pleine Coupe du Monde. La fédération ne peut plus attendre. Ali Selmi, son adjoint, est nommé pour diriger le dernier match contre la Roumanie.

26 juin 1998. Tunisie-Roumanie. Un match pour l’honneur. Une équipe qui doit sauver sa dignité. Et la Tunisie joue son meilleur match du tournoi. À la 10ème minute, elle obtient un penalty grâce à Sellimi. Skander Souayah s’avance. Il transforme. 1-0. Mais en fin de rencontre la Roumanie égalise sur une sortie hasardeuse d’El Ouaer. Match nul. Premier point du Mondial. Mais c’est trop tard. La Tunisie rentre à la maison.

Ce qui aurait dû être retenu, c’est la performance remarquable de Chokri El Ouaer. Le gardien tunisien réalise un premier tour exceptionnel et est élu meilleur gardien du premier tour de la Coupe du Monde 1998. Une reconnaissance individuelle qui contraste avec l’échec collectif.

Kasperczak est parti. Quatre ans de travail, une finale de CAN, mais le bilan s’arrête là. L’homme qui avait reconstruit la Tunisie après 1994, qui l’avait menée jusqu’en finale en 1996, quitte le navire. Le football est cruel.

La fédération se tourne vers Ekhard Krautzen puis Francesco Scoglio, entraîneur italien expérimenté. Scoglio a une philosophie différente de Kasperczak. Alors que son prédécesseur avait fini par construire son équipe autour de l’ossature de l’Étoile du Sahel (Boukadida, Beya, Bouazizi, Ghodhbane), Scoglio fait un choix radical : il construit son équipe autour de l’Espérance de Tunis, champion en titre. El Ouaer dans les buts, une défense Badra et Jaïdi avec Trabelsi, un collectif rouge et jaune transposé en rouge et blanc.

Francesco Scoglio

Janvier 2000. Nigeria et Ghana co-organisent la CAN. C’est la première fois qu’un tournoi continental se déroule dans deux pays simultanément. La Tunisie arrive avec un groupe mélangé : des anciens (Beya, Bouazizi, Trabelsi) et des nouveaux visages. Le tirage place la Tunisie dans le Groupe B avec le Nigeria, le Maroc et le Congo.

23 janvier 2000. Lagos, Nigeria. Match d’ouverture pour la Tunisie. Face aux Super Eagles, chez eux, dans le chaudron de Lagos. 80 000 supporters nigérians dans les tribunes. L’enfer.

Le match commence et c’est immédiatement le cauchemar. Les Nigérians sont en feu et finissent par marquer par Jay Jay Okocha à la demi-heure du jeu. Mais la Tunisie égalise dès le retour des vestiaires grâce à Sellimi. Finalement les Super Eagles mettent le turbo et Okocha double la mise puis Ikpeba y va de son doublé aussi. À la 92ème minute, dans les derniers instants, Zoubeir Beya inscrit le deuxième but tunisien. 4-2. Score final. Une défaite lourde. Sur le moment, ce but de Beya semble anecdotique. Mais ce que personne ne sait encore, c’est que ce but va prendre une importance capitale.

29 janvier, Lagos. Deuxième match face au Maroc. Match nul 0-0. Aucune des deux équipes ne veut prendre de risques. Chacun gère.

03 février, Kano. Troisième match face au Congo. La Tunisie n’a pas le droit à l’erreur. Le match est serré, tendu. À la 64ème minute, Radhi Jaïdi, le défenseur central, inscrit l’unique but de la rencontre. Victoire 1-0. La Tunisie est qualifiée au détriment du Maroc avec la même différence de buts grâce au nombre de buts marqués (3 contre 2).

Equipe Nationale de Tunisie lors de la CAN 2000

7 février 2000, Lagos. Quart de finale contre l’Égypte. Les deux rivaux historiques du football africain se retrouvent dans un moment décisif. La Tunisie a toujours eu un certain ascendant psychologique sur l’Égypte, malgré le palmarès plus fourni des Pharaons. Ce jour-là, cet ascendant va se confirmer.

Le match est tendu, physique, tactique. À la 22ème minute, Khaled Badra transforme un penalty. 1-0 pour la Tunisie. C’est le seul but du match. La défense tunisienne tient bon pendant 68 minutes. El Ouaer multiplie les arrêts. Les Égyptiens poussent mais ne trouvent pas la faille.

Au coup de sifflet final, c’est l’explosion de joie. La Tunisie élimine l’Égypte et se qualifie pour les demi-finales. Deuxième demi-finale en quatre ans (1996, 2000). La constance s’installe.

10 février, Accra. Demi-finale contre le Cameroun. Les Lions Indomptables, futurs champions de cette CAN. Une équipe exceptionnelle avec Patrick Mboma, Samuel Eto’o, Rigobert Song, Lauren. Le favori du tournoi.

Le match est plus équilibré qu’on pourrait le croire. La Tunisie ne subit pas, elle joue son jeu, crée des occasions. Mais le Cameroun fait parler sa qualité technique supérieure. Défaite 0-3. Le score est sévère au regard de la physionomie du match, mais le Cameroun méritait sa qualification. Ils iront jusqu’au sacre après une finale épique contre le Nigeria (victoire aux tirs au but).

12 février, Lagos. Le match maudit pour la troisième place. Depuis 1962, la Tunisie a disputé trois matchs de classement : victoire en 1962 (3-0 vs Ouganda), abandon en 1978 (vs Nigeria), et maintenant ce match face à l’Afrique du Sud.

Ali Zitouni égalise à deux reprises à la 27ème minute puis à la 89ème. Prolongation stérile. Tirs au but. Et comme un mauvais rêve qui se répète, la Tunisie s’incline 3-4 aux penalties. Quatrième place. Encore. La malédiction du match de classement continue.

Janvier 2002. Bamako, Mali. Deux ans après la demi-finale, la Tunisie revient en CAN avec des ambitions au sommet. Cette fois, la Tunisie est un pays mondialiste, qualifié pour la Coupe du Monde 2002 au Japon et en Corée. Henri Michel, entraîneur français réputé, a été nommé. Les attentes sont énormes.

Le Groupe A est relevé : Tunisie, Zambie, Égypte, Sénégal. Quatre nations capables de prétendre au titre. La Tunisie doit confirmer son statut de favori.

21 janvier 2002. Premier match : Tunisie-Zambie au stade Modibo Keïta. Match nul 0-0. Un match sans saveur. L’équipe tunisienne semble crispée, sans inspiration.

25 janvier. Deuxième match : Tunisie-Égypte. Encore un derby nord-africain. Cette fois, l’ascendant ne joue pas. L’Égypte s’impose 1-0. Défaite. Avec un seul point en deux matchs, la situation devient critique.

31 janvier. Troisième et dernier match : Tunisie-Sénégal. Il faut absolument gagner pour espérer une qualification. Le match est tendu, haché. Les occasions se créent, mais aucun but. Puis, en seconde période, la Tunisie obtient un penalty. L’occasion de débloquer le match, de relancer tout.

Slim Benachour s’avance. Le milieu offensif doit transformer ce penalty pour redonner espoir à toute une nation. Il prend son élan. Il tire. Omar Diallo, le gardien sénégalais, plonge. Arrêt. Le penalty est raté. Le match se termine 0-0.

Equipe Nationale de Tunisie lors de la CAN 2002

Cette CAN 2002 est probablement l’une des pires participations de l’histoire moderne tunisienne. Pas un seul but en trois matchs. Une stérilité offensive totale. Une équipe sans âme, sans inspiration, sans vie. Alors même qu’elle était mondialiste.

Le contraste avec 2000 est saisissant. Comment passer de demi-finaliste à dernier de groupe sans marquer en l’espace de deux ans ? Henri Michel est critiqué, le projet remis en question.

Mai-Juin 2002. Quelques mois après le désastre malien, la Tunisie participe à la Coupe du Monde au Japon et en Corée. Henri Michel a été remplacé par Ammar Souayah, nommé en catastrophe.

Face à la Russie : défaite 0-2. Face au Japon, pays hôte : défaite 0-2. Face à la Belgique : match nul 1-1 avec un but de Raouf Bouzaïene. Élimination au premier tour. Pour la troisième fois consécutive (1978, 1998, 2002), la Tunisie ne passe pas le premier tour du Mondial.

Le bilan 1998-2002 est contrasté. Trois CAN, trois résultats différents : quart de finale perdu cruellement (1998), demi-finale honorable (2000), élimination catastrophique (2002). Deux Mondiaux sans franchir le premier tour. La régularité est là (qualification systématique), mais les résultats ne suivent pas.

Second semestre 2002. Dans les bureaux de la fédération avec son nouveau président Hammouda Ben Ammar qui a succédé à Aboulhassen Fekih, une question se pose : comment sortir de cette impasse ? La réponse arrive sous la forme d’un nom : Roger Lemerre. Le champion d’Europe 2000 avec la France. L’homme qui a mené les Bleus au sommet mais qui est devenu indésirable par la FFF suite au fiaso du mondial 2002.

La proposition est audacieuse : un contrat de deux ans avec un objectif clair : gagner la CAN 2004 à domicile. La Tunisie organisera le tournoi en 2004. C’est l’occasion rêvée. Lemerre accepte le défi, poussé par la FFF qui finance une partie de son salaire.

Le football tunisien est à un tournant. Roger Lemerre va le faire tourner dans le bon sens. Vers la gloire. Vers le sacre.

Majed

Passionné de football depuis mon jeune age, je suivais mes deux équipes favorites, l'Espérance Sportive de Zarzis et le Club Africain que j'ai découvert à l'époque des Lotfi Mhaissi, Hédi Bayari, Kamel Chebli et Lassaad Abdelli. J'ai réellement rejoint Internet en 1994 en étant à l'ENSAM pour ensuite gérer le forum du CA en 1996 puis plusieurs sites personnels dédiés au CA et à l'ESZ. J'ai fondé Tunisie-Foot.com en 1998 au travers d'un site traitant du football tunisien qui aura son nom de domaine et son serveur dédié en 2000.

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