Equipe Nationale

[EN] : Futur sélectionneur, l’imposture continue !

L’officialisation du départ de Sami Trabelsi n’est que l’acte chirurgical de base sur un corps social en état de décomposition avancée. Si la Fédération Tunisienne de Football tente de présenter ce divorce « à l’amiable » comme le point de départ d’une ère nouvelle, la réalité dessine plutôt le portrait d’une institution aux abois, acculée par ses propres turpitudes. Le report au vendredi 9 janvier de la réunion de crise entre le ministère de la Jeunesse et des Sports et les instances fédérales n’est pas une simple péripétie administrative : c’est le signe manifeste d’un système qui tente de gagner du temps face à l’avalanche de révélations qui menacent de l’emporter.

Ce délai semble en effet répondre à une urgence de gestion de crise, suite aux révélations d’Inkyfada. Le dossier « Coulisses du fiasco tunisien à la CAN » expose une sélection nationale qui n’est plus une équipe de football, mais un « champ de bataille pour des intérêts privés ». Entre le lobbying pour imposer des joueurs sans mérite sportif, les insultes rituelles au sein des vestiaires et les « ingérences permanentes des dirigeants fédéraux dans les choix techniques », le staff sortant n’était que l’ombre portée d’une hiérarchie défaillante. Ces pratiques d’un autre âge démontrent que le mal ne réside pas uniquement dans l’incapacité d’un coach, mais dans une culture de l’influence qui a gangrené chaque strate de l’équipe nationale.

Nous avions déjà dénoncé cette dérive dans notre dossier « Autopsie d’un Football à l’agonie » il y a un an et demi, mais le constat s’est également imposé lors de l’élection du nouveau bureau fédéral. Ce scrutin fut, pour nous, une occasion manquée de réformer le football national en profondeur. En plébiscitant la liste élue, les clubs ont fait le choix délibéré de la continuité d’un système à bout de souffle plutôt que celui d’une rupture salutaire. Ce qui nous arrive aujourd’hui n’est que la facture logique d’un refus obstiné du changement.

Pourtant, la réponse institutionnelle face à ce séisme frise le surréalisme. En guise de remède, le ministère a choisi d’exhumer les figures d’un passé révolu en convoquant un conseil consultatif composé de Youssef Zouaoui, Khaled Hosni et Faouzi Benzarti. Ce recours systématique à la « gérontocratie consultative » constitue un aveu d’échec intellectuel terrifiant. À une époque où le football de haut niveau se gagne par une évaluation soutenue par des analyses factuelles issues des données et selon une méthodologie scientifique rigoureuse, la Tunisie préfère se réfugier dans l’intuition et le « vécu » de techniciens dont les schémas mentaux appartiennent au siècle dernier. Partout ailleurs, on investit dans l’expertise moderne et la performance mesurée ; chez nous, on s’obstine à consulter la « mémoire du football local » comme si elle recelait des solutions miracles aux maux de demain.

Dans ce contexte délétère, le bal des prétendants ressemble à une foire d’empoigne. Le nom de Carlos Queiroz circule avec insistance, le technicien portugais se disant même prêt à forcer son départ d’Oman pour rejoindre Tunis. Si son CV impressionne, son profil de gestionnaire de sélection s’oppose aux candidatures plus « terrain » comme celles du duo Bernard Casoni et Jean-Pierre Papin, ou encore de Philippe Troussier, dont l’ambition semble intacte malgré des expériences récentes contrastées. Même le nom de Franck Haise, déjà approché par le passé, revient dans les discussions comme une lointaine promesse d’organisation, bien que ses récents revers de fortune en club ne fassent pas de lui le sauveur providentiel. La réalité est que n’importe quel technicien, aussi prestigieux soit-il, ne sera qu’un otage supplémentaire si la structure fédérale reste inchangée.

Il est désormais illusoire de croire qu’un simple changement de nom sur le banc suffira à inverser la courbe d’un déclin programmé. Comme nous le soulignions dans notre dossier dès juillet 2024, le diagnostic reste inchangé : l’incompétence notoire des dirigeants actuels les disqualifie pour toute tentative de relance. Les révélations de corruption et d’ingérences ne font que confirmer l’urgence absolue de convoquer les Assises du Football Tunisien. Il ne s’agit plus de choisir un entraîneur pour la sélection, mais de rebâtir une architecture sportive cohérente, transparente et déconnectée des pressions.

L’abîme qui nous sépare des modèles de réussite continentaux illustre parfaitement ce naufrage. Alors que le Maroc ou le Sénégal ont bâti leurs succès sur des directions techniques nationales autonomes, sanctuarisées contre les caprices des élus fédéraux, la Tunisie s’enfonce dans l’arbitraire. Là où nos voisins investissent massivement dans des pôles de performance où la donnée objective prime sur le copinage, notre fédération continue de naviguer à vue, guidée par des intérêts de clans. Le succès sénégalais ne repose pas sur le génie d’un homme providentiel, mais sur une stabilité structurelle et une méthodologie scientifique appliquée sur une décennie. À l’inverse, l’instance fédérale tunisienne change de cap à chaque tempête, sacrifiant la vision à long terme sur l’autel de la survie politique de ses dirigeants.

Cette comparaison est sans appel : le football moderne est une « industrie de la compétence », quand le nôtre est resté une « épicerie de l’influence ». Tant que la structure même de la Fédération Tunisienne de Football ne sera pas balayée pour laisser place à une gouvernance technocratique et transparente, aucun sélectionneur, fût-il champion du monde, ne pourra extraire la sélection de sa léthargie. Sans une remise à plat totale et l’éviction de ceux qui ont érigé l’échec en système, le football national continuera sa descente aux enfers.

Majed

Passionné de football depuis mon jeune age, je suivais mes deux équipes favorites, l'Espérance Sportive de Zarzis et le Club Africain que j'ai découvert à l'époque des Lotfi Mhaissi, Hédi Bayari, Kamel Chebli et Lassaad Abdelli. J'ai réellement rejoint Internet en 1994 en étant à l'ENSAM pour ensuite gérer le forum du CA en 1996 puis plusieurs sites personnels dédiés au CA et à l'ESZ. J'ai fondé Tunisie-Foot.com en 1998 au travers d'un site traitant du football tunisien qui aura son nom de domaine et son serveur dédié en 2000.

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